
Il y a deux types de cancers de l’œsophage qui se comportent et se traitent différemment. Le cancer épidermoïde est lié de manière quasi-exclusive à la consommation excessive de tabac et d’alcool (en particulier fort et chaud) ; il est fréquent dans le Nord-Ouest de la France.
L’adénocarcinome est la conséquence d’un reflux gastro-oesophagien non diagnostiqué ou mal soigné. Le cardia est la région anatomique située entre l’estomac et l’œsophage (à l’endroit du sphincter inférieur de l’œsophage). Le cancer qui s’y développe est également un adénocarcinome dont le traitement s’apparente à celui de l’estomac ou de l’œsophage selon qu’il se développe vers le bas ou le haut. Il y a 4140 cas (3090 chez l’homme et 1050 chez la femme) de cancer de l’œsophage en France par an. Sur le plan épidémiologique, le cancer épidermoïde autrefois très majoritaire est en diminution par rapport à l’adénocarcinome qui est en augmentation.
Comment se développe-t-il ?
Le cancer épidermoïde survient chez des personnes ayant une consommation excessive d’alcool, de tabac et de surcroît s’ils ont déjà développé un cancer lié aux mêmes facteurs au niveau des voies aéro-digestives supérieures (VADS) : ORL, poumon, cavité buccale. Des altérations cellulaires apparaissent sous l’influence de ces toxiques sous forme de dysplasie de bas puis de haut grade, elles sont difficiles à voir en endoscopie (lésions planes).
L’adénocarcinome se développe sur une muqueuse anormale (appelée endobrachy-œsophage ou muqueuse de Barett) dont l’apparition est la conséquence d’un reflux gastro-oesophagien non diagnostiqué ou non soigné. Sur cette muqueuse dite métaplasique peuvent apparaître au fil du temps des altérations cellulaires (dysplasie de bas puis de haut grade) évoluant vers le cancer.
Y a-t-il des facteurs génétiques ?
NON
Quels sont les signes ?
Le signe principal est la dysphagie : blocage alimentaire ou douleur lors de la déglutition et lorsque les aliments descendent en particulier dans le bas de l’eosophage (localisation principale). Les signes se situent donc principalement en arrière du sternum. Ce signe est toutefois tardif, il traduit l’existence d’un cancer avancé dont le taux de guérison à ce stade est de 15 %.
Comment fait-on le diagnostic ?
Par une « Fibro » ou plus exactement une gastroscopie (examen endoscopique de l’estomac). Cet examen autrefois pénible a une mauvaise réputation souvent justifiée. Il peut maintenant être réalisé avec une bonne tolérance. Les nausées et la sensation d’étouffement commune lors de l’examen par voie buccale avec un endoscope de gros diamètre sont nettement diminuées avec la naso-gastroscopie (par voie nasale) avec un endoscope de fin diamètre (entre 5 et 6 mm) et après anesthésie locale des fosses nasales. Utilisé par voie buccale, ce naso-endoscope permet également une meilleure tolérance. Une courte anesthésie générale ou sédation de 10 minutes peuvent également être proposées afin de réaliser en ambulatoire dans le calme et la sérénité un examen souvent de meilleure qualité avec réalisation de biopsies multiples.
L’examen radiologique de l’œsophage explore moins bien la muqueuse oeso-gastrique et ne permet pas de réaliser des biopsies. Il n’est pas recommandé pour le diagnostic.
Quand doit-on réaliser une fibro ou gastroscopie ?
L’examen de l’estomac par endoscopie est recommandé dans les situations suivantes :
- Dysphagie (douleurs lors de la déglutition)
- Nausées ou vomissements isolés et persistants au-delà de 48 H après avoir éliminé une origine extra-digestive ou une occlusion aigüe.
- Dyspepsie (difficultés pour digérer)
- > 45 ans et/ou symptômes d’alarmes (AEG, anémie)
- < 45 ans si test HP +, échec ou récidive après un traitement symptomatique avec pansements gastriques
- Anémie chronique ou carence martiale après avoir éliminé une cause extra-digestive :
- Première intention si origine digestive haute suspectée ou mauvais état général
- Après coloscopie et pendant le même temps anesthésique dans le cas contraire
- Hématémèse (vomissements sanglants), mélénas (selles noires)
- Apparition d’un reflux gastro oesophagien après 50 ans et avant prescription d’IPP ou avant 50 ans en cas de récidive ou échec du traitement
- Symptômes atypiques après avoir éliminé une autre cause: toux nocturne, asthme, douleur pseudo-angineuse, otalgies (douleurs d’oreille), enrouement, brûlure pharyngées
- Douleurs gastriques si > 45 ans avant tout traitement ou si < 45 ans en cas de signe d’alarme (amaigrissement, suspicion de saignement), test HP positif, échec du traitement symptomatique après 2 à 3 mois de traitement.
La gastroscopie est également recommandée à titre de dépistage :
- chez tout personne de plus de 45 ans présentant un ATCD familial du premier degré de cancer de l’estomac,
- en cas de cancer des voies aéro-digestives supérieures (ORL, lèvres, bouche, langue, poumon, sinus piriforme).
Ce cancer est-il évitable ?
OUI.
En premier lieu en arrêtant la consommation d’alcool et de tabac. En réalisant une gastroscopie en cas de symptômes et en dépistage (antécédent personnel de cancer des voies aéro-digestives supérieurs, surveillance d’EBO ou de lésion pré-cancéreuses gastriques). L’objectif est de découvrir les lésions pré-cancéreuses, de les surveiller et de traiter la dysplasie de haut grade et de bas grade par voie endoscopique.
Que puis-je faire pour éviter ou prévenir le cancer de l’œsophage ? Quel est le rôle de l’endoscopie ?
Il faut éviter dans un premier temps les facteurs pouvant favoriser le développement du cancer.
- Consommation excessive de tabac et d’alcool
- Reflux gastro-oesophagien non soigné ou traité en auto-médication de manière prolongée sans examen endoscopique
Effectuer une gastroscopie :
- en cas de symptômes
- en cas de facteurs de risque : tabac, alcool, cancers des VADS, reflux gastro-oesophagien persistant.
- en cas de lésions pré-cancéreuses existantes à surveiller
L’objectif de l’endoscopie est de dépister des lésions précancéreuses de la muqueuse oesophagienne ou sur EBO constituées par la dysplasie de bas grade et la dysplasie de haut grade. Ces lésions peuvent être réséquées endoscopiquement (mucosectomie ou dissection sous- muqueuses où détruites avec des méthodes comme la radiofréquence).
Le reflux gastro-œsophagien entraîne fréquemment une oesophagite (inflammation de l’œsophage qui comporte 4 grades) et cette oesophagite peut entraîner le développement d’une lésion précancéreuse appelée l’endobrachy-oesophage (EBO) qui correspond a de la muqueuse de l’estomac qui remonte sur la partie basse de l’oesophage (appelé aussi métaplasie intestinale) pour le protéger. Cette muqueuse est à risque de dégénérescence en adénocarcinome de l’œsophage.
Il est donc important d’effectuer un examen endoscopique de l’estomac (fibroscopie ou plus exactement gastroscopie) en cas de symptomatologie de reflux gastro-oesophagien (brûlure rétro sternale, douleur de l’estomac, régurgitation, toux persistante inexpliquée, douleur ORL inexpliquée) apparaissant à partir de 45 ans ou pour les personnes de moins de 45 ans lorsque ce reflux gastro-oesophagien récidive et persiste dans le temps. il est ainsi fortement déconseillé de prendre des traitements pour le reflux gastro-oesophagien et les douleurs d’estomac de manière prolongée et renouvelée sans jamais avoir fait un examen endoscopique de l’estomac (cet examen n’est pas toujours bien supporté lorsqu’il est fait sous anesthésie locale mais il peut être fait sous anesthésie générale au cours d’une courte anesthésie d’une dizaine de minutes) .
Le rôle de l’endoscopie est donc de diagnostiquer l’existence d’une oesophagite et d’évaluer sa sévérité ainsi que de diagnostiquer un endobrachy-oesophage (EBO) qui doit faire l’objet d’un protocole de surveillance endoscopique avec des biopsies tous les 2, 3 ou 5 ans en fonction de la longueur de cet EBO.
Sur cette muqueuse d’endobrachy-œsophage (appelée aussi métaplasie intestinale) qui est plus ou moins longue des lésions microscopiques (dysplasie de bas et de haut grade) souvent non visible ou à peine visibles peuvent se développer et aboutir un cancer de l’œsophage. Si des lésions de dysplasie apparaissent un traitement endoscopique est réalisable par résection (mucosectomie ou dissection sous-muqueuse) ou destruction par radiofréquence.