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La coloscopie virtuelle peut-elle devenir un examen de dépistage ?

Un article récent dans une revue d'information non médicale a évoqué la possibilité de faire appel au colo-scanner, souvent désigné par le terme de "coloscopie virtuelle", pour le dépistage du cancer colo-rectal. La SFED fait le point sur l'état des connaissances scientifiques à ce sujet pour informer au mieux les patients.

En France, le nombre de cas de cancers du côlon est passé de 23.900 à 36.000 entre 1980 et 2000, soit une augmentation de 16 % en 20 ans. Ces cancers sont responsables de 16.000 décès par an. Le risque d'avoir été atteint d'un cancer du côlon ou du rectum au cours de sa vie atteint presque 4 % à l'âge de 75 ans. La majorité des cancers du côlon et du rectum sont précédés par des lésions, les polypes, qui ne se manifestent pas pendant des années mais que l'on peut rechercher par des examens du tube digestif. Le dépistage est actuellement organisé dans 22 départements et va être généralisé à tout le territoire. Ce dépistage s'adresse à l'ensemble de la population (dépistage de masse), sauf aux personnes ayant un risque de cancer du côlon ou du rectum plus élevé que la moyenne en raison d'antécédents de ces cancers ou d'un état pré-cancéreux (adénomes) dans leur famille proche (père, mère frère et sœur), il s'agit alors d'un dépistage ciblé (voir informations spécifiques à ce sujet). Le dépistage de masse repose sur un test de recherche de sang dans les selles, le test Hemoccult®, réalisé chez des patients de 50 à 74 ans, n'ayant pas d'antécédent de cancer dans leur famille. Si ce test est positif, cela signifie le plus souvent qu'une quantité microscopique de sang est présente dans les selles ce qui peut être le signe de la présence de polypes ou d'un cancer débutant. Il faut alors réaliser une coloscopie qui permettra de retirer les polypes. Ce dépistage par test Hemoccult® est recommandé et pris en charge par l'Assurance Maladie. L'utilisation de tests fécaux immunologiques en remplacement de l'Hemoccult® est en cours de discussion et pourrait améliorer le rendement du dépistage.

La coloscopie virtuelle peut-elle devenir un examen de dépistage ?

Elle ne pourra probablement pas remplacer la recherche de sang microscopique dans les selles pour le dépistage de masse car elle soufre de plusieurs limites :
- le colo-scanner est une méthode semi-invasive, donc pas acceptable par tous et sa disponibilité est encore limitée à certains centres ;
- sa précision diagnostique est plus faible que celle de la coloscopie pour des lésions de moins de 6 millimètres et elle n'est pas capable de détecter des lésions planes. Or, des lésions planes ou de petite taille sont parfois déjà à un stade pré-cancéreux ou de cancer débutant ;
- de plus, son coût est très supérieur à celui du test Hemoccult®. Le coût par année de vie sauvée est estimé à 18.000 € pour la coloscopie virtuelle et entre 4.000 et 7.000 € pour le test Hemoccult® en fonction de la taille du polype qui déclenche une coloscopie pour ablation. Ce surcoût pourrait être compensé par une meilleure sélection des sujets qui n'ont pas de cancer ou de polype pré-cancéreux à haut risque, c’est-à-dire chez lesquels on peut éviter une coloscopie inutile pour un test faussement positif.

Sa diffusion en tant que méthode de dépistage ciblé dépendra de l'évaluation de ses performances à l'échelon national et de l'évaluation de son rapport coût/efficacité sous l'égide de l'INCa, ainsi que de la mise en place d'un enseignement certifié organisé par les Sociétés Savantes (Société Française de Radiologie et Société Française d’Endoscopie Digestive).

D'autres méthodes encore plus anodines telles que la vidéo-capsule colique sont actuellement aussi à l'étude.


Denis HERESBACH, Bruno VEDRENNE, Jean-Christophe LETARD et Christian BOUSTIERE.
 
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